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NOUVEAUTES (FR) MARS 2026 Ces textes, réunis en mars 2026, prolongent une même recherche autour du langage, de la présence et de l’habitation du monde. Les textes français en constituent le cœur, tandis que les textes allemands en ouvrent une voie d’extension et de résonance.
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© Denis Clarinval
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LA PAROLE DIGESTIVE Ce texte déploie un diagnostic radical de notre époque : la langue ne parle plus — elle digère. Dans un mouvement de saturation, d’autophagie et de dissolution, le mot devient un simple flux qui ne porte plus rien. À cela, le texte oppose la possibilité d’une autre parole : une parole retenue, nocturne, qui gagne en poids parce qu’elle attend. Entre essai, poésie et scène, se dessine ainsi une langue qui ne consomme plus, mais s’expose de nouveau au monde. APPARTENANCE Ce texte part de l’analyse du « On » chez Martin Heidegger dans Être et Temps, afin de mettre au jour la structure du quotidien et la domination anonyme. Il montre cependant que cette domination est aujourd’hui essentiellement médiatisée par la langue elle-même, comme système d’appartenance, de codes et de reconnaissance. En reprenant et en déplaçant la pensée de Heidegger, le texte montre comment l’homme se transforme en une multiplicité d’espaces linguistiques clos. À cela, il oppose la possibilité d’une polyphonie dans laquelle la langue ne se ferme plus, mais s’ouvre de nouveau au monde. LE POIDS DES MOTS Ce texte met en scène un étrange dialogue entre Nietzsche et une figure fictive, le docteur Philalèthe, autour de l’essence du langage. Tandis que Nietzsche met au jour la langue comme un tissu de métaphores et d’illusions oubliées, son interlocuteur répond par une défense inlassable de son adéquation supposée. Il en résulte un jeu paradoxal dans lequel toute critique est immédiatement neutralisée et la langue se referme dans une auto-confirmation sans fin. Le dialogue devient ainsi moins une confrontation qu’une mise en lumière de la mécanique interne du discours lui-même. L’ESPACE PUBLIC L’espace public et l’espace privé ne sont aujourd’hui plus aussi nettement séparés que le suggérait encore Jürgen Habermas dans son analyse de la sphère publique bourgeoise. On observe plutôt une extension progressive du public vers le privé. Les frontières deviennent poreuses, les fonctions se déplacent, et ce qui relevait autrefois du retrait est de plus en plus traversé par des formes de visibilité, de régulation et d’organisation sociale. Dans ce mouvement, ce n’est pas seulement l’ordre des espaces qui se transforme, mais le rapport de l’homme à lui-même. HABERMAS, NIETZSCHE ET L’AUTORÉFÉRENCE Ce texte propose une version nouvelle, révisée et augmentée de Habermas als Leser von Nietzsche. L’analyse initiale y est approfondie et prolongée dans une réflexion plus large sur le langage, l’esthétique et le tragique. La confrontation entre raison discursive et expérience immédiate y est poussée jusqu’à une critique du dire lui-même. Cette version enrichie intègre des développements poétiques et dialogiques qui déplacent la question de la critique vers celle de l’habitation du monde. Il en résulte un parcours à la fois philosophique et sensible, dans lequel la lecture de Nietzsche devient le point de départ d’une interrogation plus vaste sur les limites de la rationalité moderne. LE MIROIR BRISÉ Ce texte explore la fracture du regard lorsque celui-ci ne rencontre plus de résistance. Le miroir, loin de refléter fidèlement le monde, devient le lieu d’une dissociation où le visible se fragmente et perd sa densité. Ce qui se brise n’est pas seulement l’image, mais la possibilité même d’un rapport stable au réel. À travers cette rupture, le texte ouvre une interrogation sur la transparence du regard et sur l’effondrement d’un langage devenu incapable de porter ce qu’il prétend montrer. LES MOTS QUI SAIGNENT Ce texte s’attache à la blessure du langage lorsque celui-ci ne parvient plus à recouvrir le réel sans le trahir. Les mots, loin d’être de simples instruments, portent en eux une faille qui les expose et les met en danger. Ce saignement n’est pas une défaillance, mais la condition d’une parole plus juste, qui accepte de ne pas refermer ce qu’elle touche. Ainsi se dessine une écriture où le langage, plutôt que de maîtriser le monde, se laisse affecter par lui. LA CONFISCATION Ce texte interroge la manière dont la lecture projective tend à s’approprier les œuvres en les réduisant à des significations préalables. Lire ne consiste plus alors à se laisser atteindre, mais à confirmer ce que l’on sait déjà. Dans ce mouvement, l’œuvre est confisquée, privée de sa capacité d’ouverture. Le texte met en lumière ce mécanisme et tente de restituer une autre manière de lire, plus pauvre et plus disponible, où le sens ne précède pas la rencontre, mais en surgit. BLESSURES Ce texte déploie une méditation sur la blessure à partir de trois figures indissociables : Dieu, l’homme et la nature. Loin d’être séparées, ces dimensions se traversent et se répondent dans une même vulnérabilité. La blessure n’est pas ici un accident, mais une condition ontologique qui rend possible une autre manière d’habiter le monde. À travers elle, se dessine une présence fragile, non salvatrice, qui n’efface pas le tragique mais le rend habitable. LE DE-VASTE Ce texte s’ouvre sur l’idée d’un dé-vaste : non pas la destruction du vaste, mais sa mise en crise au cœur même de son ouverture. Le monde ne se donne plus comme une étendue stable, mais comme un champ traversé de fissures et de déplacements. Cette tension entre ouverture et dévastation engage une autre manière de penser l’espace, non plus comme totalité maîtrisable, mais comme expérience toujours en cours. Le texte propose ainsi une approche où le vaste ne se comprend qu’à partir de ce qui le fissure. DOULEURS Ce texte rassemble une série de fragments où la douleur n’est pas seulement éprouvée, mais pensée dans sa dimension la plus nue. Elle ne se réduit ni à une plainte ni à une explication, mais ouvre un espace où le langage vacille. À travers cette traversée, la douleur apparaît comme ce qui résiste à toute intégration, tout en laissant affleurer une forme de présence irréductible. Le texte cherche ainsi à tenir la douleur sans la recouvrir, dans une parole qui ne la nie pas. LE CHANT DU MERLE Ce texte part de la figure du merle chez Trakl pour la déplacer vers une expérience plus originaire de l’ouverture. Le merle n’y est plus seulement une figure poétique, mais une présence qui ouvre l’espace, l’habite par son chant et veille sur l’Ouvert. Son chant ne signifie pas, il rend possible une autre écoute du monde. À travers lui, se dessine une manière d’habiter sans maîtriser, de tenir dans le tragique sans le résoudre, dans une veille fragile et silencieuse.
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